Décider ne suffit pas. Comment aligner son équipe autour d’une décision ?

Décider ne suffit pas. Comment aligner son équipe autour d'une décision ?

Une décision juste ne transforme pas encore une entreprise.

Dans mon précédent article, j’expliquais pourquoi la clarté est devenue, à mes yeux, un enjeu majeur pour les dirigeants. Dans un environnement durablement incertain, Clarifier permet d’améliorer la qualité de la réflexion pour faire émerger des décisions suffisamment justes : cohérentes avec la situation, assumables et capables d’évoluer lorsque le contexte change.

Mais décider n’est qu’une étape.

J’ai vu des stratégies pertinentes rester dans des présentations PowerPoint, des projets solides s’essouffler et des transformations pourtant nécessaires ne jamais vraiment démarrer.
Non parce que la décision était mauvaise, mais parce qu’elle n’était pas réellement devenue une décision collective.

C’est là que commence un deuxième enjeu : Aligner.

Etre d’accord ne signifie pas être aligné

Je repense à une entreprise qui souhaitait diversifier son offre.

La nécessité stratégique était largement partagée. Tout le monde s’accordait sur le constat : l’entreprise devait trouver de nouveaux relais de croissance.

En apparence, nous étions donc d’accord.

Pourtant, lorsqu’il a fallu avancer, les difficultés sont rapidement apparues. Chacun continuait à regarder le projet depuis son propre métier, ses propres objectifs et ses propres contraintes.

Et surtout, nous passions beaucoup de temps à parler de l’entreprise, de son organisation, de ses savoir-faire… et finalement assez peu de cette nouvelle clientèle que nous souhaitions conquérir.

Nous partagions la nécessité de nous diversifier. Mais nous n’étions pas encore réellement alignés sur ce que cette décision signifiait.

Cette distinction me paraît essentielle.

On peut partager un constat sans avoir la même représentation de la situation. On peut être d’accord sur une orientation sans en tirer les mêmes conséquences. On peut même valider collectivement une décision et quitter la réunion avec des compréhensions sensiblement différentes de ce qui vient d’être décidé.

Et ces différences finissent généralement par réapparaître.

Une décision collective ne se décrète pas

C’est une situation assez fréquente dans les organisations.

Le dirigeant a parfois passé plusieurs semaines, voire plusieurs mois, à réfléchir à une évolution. Il a étudié les scénarios, confronté des points de vue, mûri ses arbitrages et progressivement construit sa conviction.

Puis vient le moment de présenter la décision.

Le raisonnement est exposé. Les arguments sont solides. Les questions sont traitées. Personne ne manifeste d’opposition majeure.

La tentation est alors de considérer que la décision est désormais partagée.

Mais les autres n’ont pas nécessairement parcouru le même chemin.

Ils découvrent parfois en une heure une décision que le dirigeant a mis plusieurs semaines à construire. Ils la reçoivent avec leur propre histoire, leur métier, leurs contraintes, leurs objectifs et leur perception de ce qui est important pour l’entreprise.

Expliquer une décision ne suffit donc pas toujours à la rendre collective.

Pour qu’elle le devienne réellement, il faut aussi permettre aux personnes concernées de se l’approprier, de la confronter à leur propre lecture de la situation et d’en comprendre les implications.

C’est là que la qualité de la décision ne dépend plus seulement de celui qui décide, mais du collectif qui devra ensuite l’assumer.

Ce qui ne se dit pas ne disparait pas

Cette appropriation suppose notamment que les différences de perception puissent s’exprimer.

Il peut s’agir d’une inquiétude, d’une contrainte opérationnelle, d’un désaccord sur les priorités ou d’une crainte liée à un territoire, une responsabilité ou une position dans l’organisation. Parfois, il s’agit simplement d’une conviction différente sur ce dont l’entreprise a réellement besoin.

Ces différences ne constituent pas en elles-mêmes un problème. Elles peuvent au contraire enrichir la décision en faisant apparaître une dimension qui n’avait pas été suffisamment prise en compte.

Le problème apparaît lorsqu’elles ne trouvent pas d’espace pour être exprimées.

Elles ne disparaissent pas pour autant. Elles se déplacent dans les discussions de couloir, dans les arbitrages quotidiens ou dans la manière dont chacun interprète ensuite la décision.

C’est ainsi qu’un collectif peut sembler parfaitement aligné autour d’une table et découvrir quelques semaines plus tard que chacun avançait, en réalité, avec une représentation différente de la destination.

Aligner ne signifie pas rechercher le consensus

Il y a derrière cela une confusion que je rencontre régulièrement : celle qui consiste à associer alignement et consensus.

Une équipe alignée n’est pas une équipe dans laquelle tout le monde pense la même chose.

Et rechercher systématiquement le consensus peut même conduire à édulcorer les arbitrages nécessaires jusqu’à obtenir une solution acceptable par tous, mais réellement portée par personne.

L’alignement suppose autre chose.

Il suppose que les différents points de vue puissent être confrontés, que les désaccords soient entendus et que leurs conséquences soient réellement discutées. Puis vient le moment de décider.

Tout le monde n’aurait peut-être pas fait exactement le même choix.

Mais chacun comprend ce qui a été décidé, pourquoi cela a été décidé et ce que cette décision signifie pour l’entreprise. Les désaccords ont pu être exprimés et l’arbitrage peut désormais être assumé collectivement.

L’alignement n’efface pas les différences. Il crée suffisamment de cohérence entre elles pour permettre au collectif d’avancer.

Partager une décision, c’est aussi partager une représentation

C’est peut-être l’un des aspects les moins visibles de l’alignement.

Nous pouvons employer les mêmes mots et ne pas parler exactement de la même chose.

« Diversification », « croissance », « priorité client », « transformation », « internationalisation » : derrière ces termes apparemment évidents peuvent se cacher des représentations très différentes.

C’était précisément ce qui se jouait dans l’exemple de diversification évoqué plus haut.

La décision stratégique était comprise : développer une nouvelle offre pour aller chercher de nouveaux relais de croissance.

Mais chacun continuait initialement à traduire cette orientation depuis son propre univers. Les discussions restaient centrées sur les produits existants, les compétences internes, les contraintes de l’organisation.

Il a fallu déplacer le regard et construire progressivement une représentation commune de la clientèle que nous voulions servir et de la valeur que nous souhaitions lui apporter.

Ce travail peut sembler moins tangible qu’un plan d’action ou qu’un tableau de bord.

Il est pourtant déterminant.

Car lorsque les représentations restent trop éloignées, chacun peut être de bonne foi, engagé et compétent… tout en donnant à la même décision une traduction différente.

Le désalignement apparaît alors moins dans les intentions que dans ce qui suivra.

Le comité de direction est souvent le premier lieu où cet alignement doit se construire. Non pas parce que tous ses membres doivent partager spontanément la même lecture, mais parce que c’est là que leurs différentes représentations doivent pouvoir se confronter avant que la décision ne se diffuse dans l’organisation.

Faire émerger ce qui ne se dit pas spontanément 

C’est aussi à cet endroit que se situe une partie de mon rôle lorsque j’accompagne un dirigeant et son comité de direction.

Il ne s’agit pas de rechercher artificiellement le consensus, ni de faire disparaître les désaccords. Il s’agit plutôt de créer les conditions pour que ce qui doit être dit puisse l’être avant que la décision ne soit considérée comme acquise.

Cela passe parfois par des questions assez simples :

  • Qui a une lecture différente de cette décision ?
  • Qu’est-ce qu’elle change réellement pour vous ?
  • Qu’est-ce qui vous préoccupe dans ce choix ?
  • Qu’est-ce que nous ne nous sommes pas encore dit ?

Ces questions peuvent faire apparaître un désaccord, une crainte, une contrainte ou simplement une autre représentation de la situation.

L’objectif n’est pas de tout résoudre ni de mettre tout le monde d’accord. Il est de faire émerger suffisamment tôt ce qui, faute d’avoir été exprimé, risquerait de réapparaître plus tard et de fragiliser la mise en œuvre de la décision.

C’est souvent à cet endroit que l’alignement commence réellement à se construire.

De la décision juste à la décision partagée et assumée

Clarifier permet de mieux comprendre une situation, de distinguer le véritable sujet et d’améliorer la qualité de la réflexion qui précède la décision.

Mais une décision juste reste insuffisante si elle demeure celle du dirigeant ou de quelques personnes autour de lui.

Aligner, c’est améliorer la qualité de la décision en lui donnant une dimension réellement collective.

Cela suppose de confronter les représentations, de faire place aux désaccords, d’expliciter les arbitrages et de construire une compréhension suffisamment partagée pour que la décision puisse être assumée par ceux qui devront la porter.

C’est ainsi que je conçois aujourd’hui les deux premières étapes de ma démarche:

Clarifier,  pour améliorer la qualité de la réflexion et faire émerger une décision juste

Aligner, pour améliorer la qualité de la décision et la rendre partagée et assumée.

Une organisation peut avoir clarifié son cap. Son équipe de direction peut partager et assumer les décisions. Rien ne garantit pourtant les résultats qui suivront.

Il faudra encore traduire cette décision dans l’organisation, préciser les rôles et responsabilités, piloter sa mise en oeuvre et l’ajuster lorsque la réalité viendra bousculer le plan initial.

C’est le troisième enjeu: Agir.

Clarifier. Aligner. Agir.

Trois étapes différentes, mais une même ambition : créer les conditions pour que les décisions prises produisent réellement les transformations attendues.

Si vous sentez qu’une décision importante est claire sur le papier mais reste difficile à partager ou à faire réellement assumer par votre équipe, un échange permet souvent d’identifier où se situe le désalignement.

👉 Si vous sentez qu’une décision important est claire sur le papier mais reste difficile à partager ou à faire réellement assumer par votre équipe, un échange permet souvent d’identifier où se situe le désalignement. 

Pour poursuivre la réflexion :

Le métier de dirigeant a changé. Pourquoi la clarté est devenue un avantage stratégique. Pourquoi, dans un environnement durablement incertain, la qualité de la réflexion est devenue déterminante pour prendre des décisions suffisamment justes.

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